Le sénateur Carignan endosse la prévention du suicide

March 16, 2012

Allocution du sénateur Claude Carignan au Sénat du Canada dans le cadre de la semaine Québécoise de prévention du suicide.

 

Honorables sénateurs, la semaine dernière, au Québec, c’était la semaine québécoise de prévention du suicide sous l’égide de l’Association québécoise pour la prévention du suicide.

 

Comme Québécois et comme Canadien, je suis particulièrement sensible à cette problématique.

 

D’emblée, il faut le reconnaître, la mort n’est pas un sujet facile à aborder et à affronter. La nôtre, celle des membres de notre famille et celle de nos proches. Elle est toutefois inéluctable et nous le savons tous. Toutefois, lorsque la mort peut être évitée, nous devons tout mettre en œuvre pour y arriver. En ce sens, le suicide est possiblement une des causes de mort précipitée sur laquelle nous devrions avoir un réel pouvoir d’action et de prévention.

 

Dans la motion présentée par le sénateur Dawson, il est mentionné que le suicide n’est pas qu’une tragédie personnelle, mais qu’il constitue aussi un grave problème de santé publique. J’ajouterai que le suicide, en plus d’être une tragédie personnelle est également une tragédie familiale, communautaire et sociale. En 2008, 3705 Canadiens s’enlevaient la vie et de ce nombre, environ le tiers était des Québécois alors que le Québec ne représente que 23% de la population canadienne. Ceci explique entre autre ma vive préoccupation à l’égard de cette problématique.

 

Ici on parle de personnes qui ont complété leur suicide, qui se sont donné la mort. Il faut aussi tenir compte des personnes qui ont fait des tentatives sans avoir trouvé la mort, des personnes qui sont aux prises avec des pensées suicidaires et enfin, des proches immédiats et plus éloignés de l’ensemble de ces personnes. Trop souvent, on aborde le suicide que sous l’angle des statistiques. Mais convenons-en, les statistiques ne témoignent pas du drame humain derrière chaque suicide. Les statistiques ne témoignent pas de la souffrance vécue préalablement aux tentatives de suicide complétées ou non. Les statistiques ne témoignent pas du sentiment d’impuissance vécu par l’entourage des personnes aux prises avec des pensées suicidaires et les statistiques ne témoignent pas non plus des désarrois sévères qui envahissent les proches d’une personne décédée à la suite d’un suicide. C’est un tsunami intérieur d’une rare violence.

 

Lorsque l’on parle du suicide, il faut réellement regarder cette problématique et ses impacts dans sa globalité. Pour vous en convaincre, je vais vous donner deux exemples que j’ai personnellement vécus. Un bon ami à moi, qui travaillait en prévention du suicide, vivait en colocation avec un jeune homme de 24 ans. Un beau grand garçon, bon emploi, un réseau social élargi et qui ne semblait pas présenter de difficultés particulières. À l’été 1998, alors que mon ami se trouvait en vacances à l’extérieur de la ville pour une semaine, il reçut un appel, à la fin de sa semaine de vacances, d’un de ses employés lui annonçant que son colocataire avait été retrouvé pendu dans la maison. Je vous le répète, mon ami travaillait en prévention du suicide. Pouvez-vous imaginer, honorables sénateurs, le choc, la détresse, l’incompréhension, la colère et la culpabilité que cet ami a pu ressentir.

 

Pouvez-vous également imaginer l’onde de choc provoquée, bien sûr dans l’entourage du jeune homme en question, mais également dans l’entourage de mon ami. Je fus moi-même fortement ébranlé par ce drame même sans connaître personnellement le jeune homme. J’étais proche de mon ami et j’étais troublé par sa grande détresse mais j’étais également perturbé par le décès d’un si jeune homme qui semblait pourtant avoir la vie devant lui. J’étais aussi touché par la tristesse des enfants de mon ami et forcément, j’étais inquiet qu’un tel drame puisse un jour accabler un membre de ma famille. Je le répète, le suicide d’une personne a des résonnances très larges. C’est comme une immense roche qui tombe à l’eau et qui fait de multiples ronds. Des ronds qui se transforment en vagues déferlantes. Le suicide de ce jeune homme a facilement touché environ 200 personnes. Pour chaque suicide, on compte environ 10 personnes endeuillées mais un nombre beaucoup plus grand de personnes secouées et remuées par un tel drame.

 

Une autre situation tragique dont j’ai été témoin est le suicide par pacte suicidaire de deux adolescents de 14 ans à Saint-Eustache dans les années 90. Cette fois, sans entrer dans les détails de ce drame, c’est toute notre communauté qui fut affectée, et plus particulièrement l’ensemble des élèves et du personnel de l’école que fréquentaient ces deux jeunes. Des rencontres post-traumatiques durent être organisées avec toutes ces personnes afin de leur permettre de ventiler et d’exprimer leur détresse, leur tristesse et leur incompréhension.

 

Oui, le suicide est une tragédie personnelle, mais comme je le mentionnais en introduction, c’est aussi une tragédie familiale, communautaire et sociale. Il est donc effectivement essentiel de considérer cette problématique prioritaire et d’y faire face avec énergie. Nous devons agir sur plusieurs plans à la fois car le suicide est un phénomène multifactoriel. On ne peut isoler une seule cause conduisant au suicide. C’est, dans la très vaste majorité des cas, un amalgame de facteurs qui interagissent les uns sur les autres et qui conduisent une personne à mettre fin à ses jours. Chaque cas est différent mais tout de même, on peut affirmer qu’un dénominateur commun peut être identifié dans tous les cas, à savoir la souffrance. Car une personne qui veut se suicider ne cherche pas avant tout à mourir, on ne sait ce qu’est la mort….une personne qui tente de se suicider veut avant tout arrêter une souffrance devenue intenable. Elle ne voit pas d’autres solutions et très souvent, elle aura tendance à s’isoler et donc à ne plus tenter de chercher de l’aide et d’exprimer sa détresse. Mais, de façon générale, le suicide est la recherche d’une « solution » permanente à un problème temporaire.

 

Pour agir de façon efficace, comme je viens de le mentionner, il faut agir sur plusieurs aspects à la fois : la recherche scientifique, la promotion du mieux être, la prévention auprès des populations en générale et plus particulièrement auprès des groupes à risques, notamment les hommes qui représentent 80% des suicides, les personnes vieillissantes et certaines collectivités telles les communautés autochtones qui à elles seules ont des taux de suicides environ 4 fois plus élevés que la moyenne canadienne. Et, naturellement, il faut aussi agir en intervention auprès des personnes en crise suicidaire.
Par ailleurs, dans le cadre de l’élaboration

d’une stratégie nationale de prévention du suicide, il sera essentiel de travailler en collaboration avec l’ensemble des acteurs concernés et plus particulièrement les provinces à qui incombe la responsabilité des programmes de santé et de service social.

 

Toutefois, notre gouvernement a déjà commencé à travailler très sérieusement sur cet enjeu de taille.
Notamment, le gouvernement du Canada contribue à diverses activités relatives à la prévention du suicide, notamment le développement des connaissances en matière de pratiques exemplaires, l’exécution de programmes visant à renforcer les facteurs de protection liés à une santé mentale positive et à réduire le risque de suicide, et la surveillance de la santé mentale et des maladies mentales au sein de la population.

 

Également, nous avons investi 130 millions de dollars pour établir et appuyer la Commission de la santé mentale du Canada, qui s’emploie à élaborer une stratégie en matière de santé mentale qui sera achevée en 2012. Cette dernière fera probablement état de lignes directrices et de priorités qui auront trait à la prévention du suicide et, par conséquent, elle jouera un rôle déterminant dans l’orientation des futures mesures dans ce domaine. De plus, le gouvernement investit 140 millions de dollars en vue de la mise en œuvre d’une stratégie nationale de prévention du suicide chez les jeunes autochtones, et ce, dans le but de renforcer les facteurs de protection et de réduire les facteurs de risque liés au suicide dans les collectivités des Premières nations et des Inuits.

 

Enfin, un montant de 20 millions de dollars a été consacré à la question du suicide dans le cadre de la recherche sur la santé mentale et la toxicomanie par l’entremise des Instituts de recherche en santé du Canada, et ce, depuis 2006.
Toutes ces actions doivent être vues comme l’amorce essentielle d’un plan d’action beaucoup plus vaste, car, comme je l’ai mentionné un peu plus tôt, la problématique du suicide est multifactorielle et ne peut être endiguée par une seule mesure. À titre d’exemple, en 1998, le gouvernement du Québec adoptait une stratégie québécoise d’action face au suicide.

Cette stratégie avait visé des cibles d’action très précises comme par exemple l’instauration d’un numéro de téléphone unique pour les appels d’aide, la mise en place de programmes de formation en prévention du suicide destinés à certains milieux de travail, le développement de réseaux de sentinelles dans certaines communautés davantage touchées par la problématique du suicide, un accroissement des budgets aux centres de prévention du suicide, etc. En mobilisant l’ensemble des acteurs clés et en priorisant certaines pistes d’action, les taux de suicide au Québec se sont mis à diminuer graduellement, mais ils demeurent néanmoins très élevés. De toutes manières, ne l’oublions pas, un suicide est déjà une perte de vie de trop.

 

En terminant, je dirai ceci : d’aucune manière et en aucun temps le suicide d’une personne ne peut ni ne doit être acceptable et accepté. Le suicide ne doit pas être une option, le suicide n’est pas une option. C’est à chacun de nous et à l’ensemble des acteurs de la société civile d’y voir.


Honorables sénateurs, je propose donc que nous adoptions immédiatement cette motion de grande importance.
Merci

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