Mon hommage au sénateur Pierre Claude Nolin - My tribute to Senator Pierre Claude Nolin

April 29, 2015

Honorables sénateurs, chers amis, la semaine dernière, nous avons perdu un collègue, un ami, un membre de la famille. Le Président Pierre Claude Nolin a été emporté par la maladie. Je me refuse toutefois à dire qu'il a perdu sa bataille contre le cancer, car, bien au contraire, j'estime que c'est le cancer qui a perdu sa bataille au profit de Pierre Claude — P.C., comme nous l'appelions.

 

Depuis déjà cinq ans, notre ami Pierre Claude se savait atteint d'une rare forme de cancer. Plutôt que de se terrer chez lui à attendre l'inévitable, il a choisi de vivre à fond et encore plus vite et plus intensément. Il disait très souvent : « Ce n'est pas le cancer qui va me tuer, c'est l'inaction. » Alors, non, honorables sénateurs, le Président Pierre Claude Nolin n'a pas perdu sa bataille contre le cancer. Il s'en est sorti comme un vainqueur, comme un champion. Nous l'avons tous vu, particulièrement au cours des derniers mois, redoubler d'effort et d'ardeur pour maintenir le cap malgré la tempête.

Le Président Nolin respectait profondément notre institution, et son respect n'a jamais faibli. Pierre Claude, que le très honorable premier ministre Brian Mulroney a nommé au Sénat en 1993, a immédiatement exercé ses fonctions de sénateur avec sérieux, dévouement et détermination. Il s'y est consacré à plein temps. Il était membre de plusieurs comités, notamment du Comité des affaires juridiques et constitutionnelles, du Comité de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles, du Comité de la régie interne, des budgets et de l'administration, du Comité de la sécurité nationale et de la défense et du Comité des affaires étrangères et du commerce international. Il a présidé le caucus québécois de 2006 à 2009.

 

En 1995, le sénateur Nolin a été fait membre du Cercle des honoraires du régiment de Maisonneuve. Le 4 septembre 2012, le ministre de la Défense nationale, l'honorable Peter MacKay, l'a nommé lieutenant-colonel honoraire du régiment de Maisonneuve.

 

Il a été choisi à l'unanimité par ses collègues pour agir comme Président intérimaire puis, l'automne dernier, le sénateur Nolin a été nommé Président du Sénat du Canada, sur la recommandation du très honorable Stephen Harper. Cette nomination, vous vous en souviendrez, a été accueillie très favorablement par l'ensemble de ses collègues, car Pierre Claude avait su mériter le respect de nous tous par son indépendance d'esprit, sa rigueur, sa grande érudition, sa déférence, sa grande gentillesse et, surtout, pour le respect intrinsèque qu'il vouait au Sénat et à l'ensemble des sénateurs. Il a donc été nommé Président du Sénat au moment même où notre institution traversait une période difficile. Pour Pierre Claude, le défi n'était pas trop grand. En fait, comme il l'a confié à certains d'entre nous, il s'agissait là de son dernier défi au Sénat.

 

Avec vigueur, fougue et détermination, il a entrepris une réorganisation administrative de notre institution. De façon non partisane, il a veillé à obtenir l'appui des collègues des deux côtés de cette Chambre, dans le cadre de cette opération de modernisation du Sénat du Canada. Nous sommes en mesure de dire que, en peu de temps, il aura indubitablement laissé sa trace, il aura laissé sa marque. Il aurait certes aimé aller plus loin et mener à terme cette transition historique, mais le destin en a décidé autrement.

 

Il nous appartiendra donc, chers collègues, en sa mémoire, de poursuivre le travail qu'il a amorcé et de faire émerger notre institution de cette bourrasque qui nous secoue. Comme le disait Françoise Dolto, « de toute épreuve, il y a un fruit... le tout est de savoir le cueillir ». Le Président Nolin nous guidait courageusement vers ce fruit; à nous maintenant de compléter cette quête.

 

L'an dernier, le sénateur Nolin a soumis au Sénat une série d'interpellations qui présentaient sa façon de concevoir le Sénat et de comprendre le rôle essentiel qu'il joue dans la fédération canadienne. Il parlait avec amour, enthousiasme et sagesse des fonctions déterminantes du Sénat, notamment de son devoir de représenter les régions du Canada, les défavorisés et les sans-voix. En tant que représentant du Québec, il a toujours jugé ce rôle essentiel.

 

Il était tellement convaincu de cet aspect des choses qu'il organisait chaque année, chez lui, à une certaine époque, et de son propre chef, des rencontres non partisanes avec les sénateurs du Québec, dans le cadre d'une fête champêtre. Son message était subliminal : « Nous sommes de différents partis, mais nous sommes d'une seule province! »

 

Également, plusieurs s'en souviendront, à une autre époque, le sénateur Nolin organisait sur la Colline les fameuses soirées des « grenouilles », petits cinq à sept consacrés aux francophones et francophiles de la Colline du Parlement.

Avant même d'être nommé au Sénat, Pierre Claude a eu plusieurs fois l'occasion de défendre les intérêts du Québec, notamment avec l'ancien premier ministre Mulroney, auprès duquel il a agi comme conseiller spécial à plus d'une reprise. Actif au sein du Parti progressiste-conservateur lors de la victoire de 1984, il a occupé plusieurs fonctions au sein du parti et dans certains ministères, notamment celui des Travaux publics.

 

Il a également joué un rôle déterminant dans les négociations qui ont conduit aux accords du lac Meech et de Charlottetown. Sa mission se situait essentiellement sur le plan de l'organisation et consistait à renforcer les relations entre le fédéral et les différentes provinces et à assurer une bonne communication entre les parties.

 

Pierre Claude croyait beaucoup à la fonction de représentation internationale que devait exercer le Sénat. À ce titre, il a joué un rôle particulièrement actif au sein de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN. Ayant occupé plusieurs fonctions de 1994 jusqu'à sa mort, le sénateur Nolin s'y était construit une solide réputation par la qualité de ses interventions, sa connaissance approfondie des dossiers qu'il gérait et, évidemment, par sa nature si digne et affable.

 

Le Canada avait, en la personne du sénateur Pierre Claude Nolin, un représentant de haut calibre. D'ailleurs, un jour, le sénateur Rivest me racontait que, lorsqu'il était en déplacement à l'étranger et qu'il rencontrait des parlementaires d'autres pays, on lui demandait souvent s'il était ami avec le sénateur Nolin. C'est tout dire de la réputation internationale qu'avait le sénateur Nolin. Vous aurez compris aussi qu'à tout coup, le sénateur Rivest se présentait comme le grand ami du sénateur Nolin!

 

J'ai mentionné plus tôt que le Président Nolin avait la réputation d'être un esprit libre et indépendant. Il lui arrivait — vous le savez tous — de ne pas être d'accord avec certaines mesures du gouvernement conservateur, mais il a toujours fait preuve de tact et de respect. Il n'a jamais mis son caucus ni son gouvernement dans l'embarras, parce qu'il savait parler calmement et simplement et donner des explications claires, sans mauvaises intentions. Il réussissait à présenter un point de vue différent sans susciter d'animosité. Sa façon de faire lui a valu le respect de ses pairs et des dirigeants du pays.

En fait, le sénateur Nolin était un homme d'exception, une race d'hommes que l'on rencontre très peu souvent dans une vie. Je me sens choyé d'avoir pu côtoyer et travailler avec le sénateur Nolin. En 30 années de vie politique, je peux compter sur les doigts de la main les rares occasions où j'ai rencontré ce genre de personnes, qui sont plus grandes que nature.

Je dois vous confier, chers collègues, que, avant d'accepter les fonctions de leader du gouvernement au Sénat, je suis allé manger avec Pierre Claude à son restaurant préféré à Montréal, Le Mas des Oliviers. Je lui ai demandé des conseils, car je voulais connaître sa vision de ce que devait être un leader du gouvernement au Sénat. Son érudition, sa sagesse, sa très grande connaissance du Parlement et sa profonde générosité m'ont permis de profiter de précieux conseils, et je garderai ce moment privilégié en mémoire pour toujours. Et, oui, il avait payé le lunch, avec la grande générosité que vous lui connaissez tous.

 

À vous tous, chers collègues, à ses amis, à ses employés et collaborateurs, je veux offrir mes plus sincères condoléances.

À son épouse, Camille, à ses enfants, Simon, Louis et Virginie, je tiens à vous remercier de nous avoir prêté Pierre Claude avec tant de générosité, au plus grand bénéfice des Canadiens et des Canadiennes. Je veux, par la même occasion, en mon nom personnel et au nom de tous mes collègues, vous offrir nos plus vives condoléances.

 

À toi, Pierre Claude, où que tu sois, je te remercie pour tout ce que tu nous as apporté, et te demande de veiller sur nous. Je vous remercie.

***

Honourable senators, dear friends, last week we lost a colleague, a friend, a member of our family. The Honourable Pierre Claude Nolin succumbed to his illness. However, I refuse to concede that he lost his battle with cancer, because, quite to the contrary, I believe that cancer lost its battle with Pierre Claude, or P.C., as he was known to us.

Five years ago, our friend Pierre Claude was diagnosed with a rare form of cancer. Rather than hiding away at home and waiting for the inevitable, he decided instead to live life to the fullest. He often said, "It's not cancer that is going to kill me, but rather idleness." That is why I say, no, honourable senators, Speaker Pierre Claude Nolin did not lose his battle with cancer. He triumphed over it; he conquered it. We all saw him, especially over the past few months, redouble his efforts and his zeal to stay the course through the storm facing him.

 

Speaker Nolin held a deep appreciation for our institution, and his respect for it never wavered. Appointed to the Senate in 1993 by the Right Honourable Prime Minister Brian Mulroney, Pierre Claude immediately fulfilled his role as senator with seriousness, commitment and determination. He dedicated himself to being a full-time senator. He was a member of several committees, including Legal and Constitutional Affairs; Energy, the Environment and Natural Resources; Internal Economy, Budgets and Administration; National Security and Defence; and Foreign Affairs and International Trade. He chaired the Quebec caucus from 2006 to 2009.

 

In 1995, Senator Nolin became a member of the Cercle des Honoraires of the Régiment de Maisonneuve. On September 4, 2012, the Honourable Peter MacKay, Minister of National Defence, appointed him Honorary Lieutenant-Colonel of the Régiment de Maisonneuve.

 

His colleagues unanimously chose him to be the Speaker pro tempore and then, last fall, Senator Nolin was appointed Speaker of the Senate of Canada on the recommendation of the Right Honourable Stephen Harper. That appointment, as you will recall, was very favourably received by all senators, because Pierre Claude had earned everyone's respect thanks to his independence of mind, rigour, great erudition, deference, enormous kindness and, above all, the intrinsic respect he had for the Senate and all senators. He was appointed Speaker of the Senate at a time when our institution was going through a very difficult period. For Pierre Claude, no challenge was too great. In fact, as he confided to some of us, that was his final challenge in the Senate.

 

He undertook an administrative reform of our institution with vigour, passion, and determination. Using a non-partisan approach, he secured support from colleagues on both sides of this chamber for this exercise in modernizing the Senate of Canada. We can certainly say that in a very short time he left an indelible mark. There is no doubt that he would have liked to take this further and see this historic transition through, but fate had other plans for him.

 

It is then up to us, dear colleagues, to honour his memory and build on the work he began so that we can steer our institution safely out of this storm. As Françoise Dolto said, "Every trial bears its fruit, it's all in knowing how to harvest it." Speaker Nolin guided us courageously toward that fruit. Now it is up to us to complete the journey.

 

Last year, Senator Nolin put forward a series of inquiries in the Senate to introduce his vision and understanding of the Senate and its essential role in the Canadian federation. With love, passion and wisdom, he spoke of the determining roles of the Senate, especially the representation of Canada's regions, the disadvantaged and those who can't speak for themselves. As a representative for Quebec, Senator Nolin always thought that this aspect of his role was fundamental.

He had such conviction about this aspect of his role, that at some point every year, he would take it upon himself to invite senators from Quebec to a garden party at his home for non- partisan get-togethers. His message was subliminal: "We are from different parties, but from the same province!"

 

Many will remember another time when he used to organize his famous "frog" evenings on the Hill, a happy hour for francophones and francophiles on Parliament Hill.

 

Before he was even appointed to the Senate, Pierre Claude defended Quebec's interests many times, including with former Prime Minister Mulroney, for whom he acted as a special advisor on more than one occasion. Pierre Claude was very active within the Progressive Conservative Party at the time of the party's victory in 1984. He held various positions within the party and in a number of departments, including the Department of Public Works.

 

He also played an instrumental role in the negotiations leading to the Meech Lake and Charlottetown Accords. His role, mostly organizational in nature, was to reinforce the relationships between various federal and provincial stakeholders, and to ensure that communications flowed freely between parties.

 

Pierre Claude firmly believed in the Senate's role of international representation. To that end, he was particularly active in the NATO Parliamentary Assembly. Senator Nolin held a number of positions with the Assembly from 1994 until his death, and he built a solid reputation on the basis of the quality of his contributions, his in-depth knowledge of the files he was responsible for and, obviously, his dignified and affable nature.

 

In Senator Pierre Claude Nolin, Canada had a distinguished representative. One day, Senator Rivest was telling me that when he travelled abroad and met parliamentarians from other countries, he was often asked if he was friends with Senator Nolin. That speaks volumes about Senator Nolin's international reputation. You will understand also that, at every turn, Senator Rivest introduced himself as Senator Nolin's great friend.

 

Previously, I mentioned Speaker Nolin's reputation as an independent, free spirit. As you all know, once in a while Senator Nolin disagreed with one or more measures of the Conservative government, but he was always tactful and respectful. Never did Senator Nolin embarrass his caucus or his government, because he could speak calmly and plainly and give clear explanations, without malice. He was able to present a different point of view without antagonizing the debates. Thanks to this approach, Senator Nolin earned the respect of his peers and of our country's leaders.

 

Senator Nolin was an exceptional man, a rare breed. I consider myself blessed to have known and worked with Senator Nolin. In 30 years of public life, I can count on one hand the number of times I have met this type of larger-than-life individual.

 

Dear colleagues, before I agreed to take on the role of Leader of the Government in the Senate, I went out to eat with Pierre Claude at his favourite restaurant in Montreal, Le Mas des Oliviers. I asked for his advice and I wanted to know his thoughts on what a leader of the government in the Senate should be. He gave me sound advice, with his erudition, his wisdom, his extensive knowledge of Parliament and his great generosity, and I will remember that special moment forever. Yes, he paid for lunch. I'm sure you're all familiar with how generous he was.

 

To all of you, dear colleagues, to his friends, to his employees and coworkers, I offer my deepest condolences.

To his wife, Camille, and to his children, Simon, Louis and Virginie, I say thank you for so generously sharing Pierre Claude with us. Canadians are better for it. I also want to take this opportunity, on behalf of all of my colleagues, to offer you our deepest condolences.

 

Pierre Claude, wherever you may be, thank you for everything you did here and please watch over us. Thank you.

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