Allocution du sénateur Claude Carignan  au sujet de la nomination des nouveaux sénateurs

April 13, 2016

 

Le 12 avril 2016 

 

Le texte prononcé fait foi 

 

Honorables sénateurs, 

 

Aujourd’hui, je souhaite une chaleureuse bienvenue à nos sept nouveaux collègues sénateurs qui ont eu le privilège d’être nommés à la Chambre haute.

 

Prenez un instant pour contempler cette chambre historique dans laquelle nous nous trouvons. Je ne tiens jamais pour acquis ma présence ici. Des sénateurs occupent les mêmes sièges que vous depuis presque cent cinquante ans. Notre chambre abrite de nombreuses traditions, dont l’une est incarnée dans le travail rigoureux. Ce sera pour vous un défi de taille que de remplacer vos prédécesseurs. Le Sénat et ses membres sont au cœur de la démocratie depuis la création du Canada.

 

Au cours des semaines et des mois à venir, vous allez vous familiariser avec le travail utile que nous effectuons au Sénat, qui se caractérise par des débats de haut niveau et les études indispensables des comités, par notre engagement envers les Canadiennes et les Canadiens de faire entendre leur voix dans cette chambre, et de favoriser la prise de mesures en leur nom.

 

Sénateur Peter Harder, vous avez œuvré pendant la plus grande partie de votre carrière au gouvernement dans le système bureaucratique. Aujourd’hui, vous vous retrouvez leader du gouvernement au Sénat …

 

C’est vous qui aurez le plus grand défi à relever, car j’ai entendu dire que votre prédécesseur faisait un assez bon travail!

Welcome Peter, we are pleased that we can finally resume the Senate’s Question Period, a very important part of democracy that occurs here on Parliament Hill. We will use this opportunity to ask the Trudeau Government key questions on matters that concern Canadians and which they seek answers to.

 

D’autres bureaucrates de haut niveau ont siégé dans cette chambre avant vous. Je pense notamment aux sénateurs Arthur Tremblay et Roch Bolduc, deux hauts fonctionnaires québécois artisans de la Révolution tranquille du Québec. N’hésitez pas à vous inspirer du travail exemplaire de ces sénateurs dans votre rôle.

 

Le Sénat est la chambre chargée du second examen objectif, qui voit à ce que j’appelle le « contrôle de la qualité ». Notre deuxième coup d’œil sert à repérer des lacunes législatives, d’éventuelles impasses constitutionnelles, parfois des erreurs involontaires, ainsi qu’à proposer des amendements qui amélioreront les nouvelles lois. Mais aussi, comme le Judge Binnie l’a bien relevé dans sa récente décision en matière d’arbitrage, le Sénat a un rôle comme « grand enquêteur de la nation ».

Certains de nos sénateurs siègent depuis plus de vingt-cinq ans; ils ont apporté une contribution inestimable à notre institution, et je suis convaincu que si vous leur demandez, ils seront ravis de partager avec vous leurs expériences et leurs connaissances. Vous verrez que les sénateurs travaillent très bien ensemble et nous sommes fiers de l’approche de collaboration que nous avons adoptée.

 

Sénateur André Pratte, je suis persuadé que vous mettrez votre expérience journalistique au service de la rédaction législative. Cette chambre bénéficie déjà de la contribution d’autres journalistes de haut calibre, notamment la sénatrice Joan Fraser, éditorialiste du journal The Gazette. Inspirez-vous du travail méticuleux et dévoué de la sénatrice Fraser. Vous vous engagez également dans les pas d’un de nos amis très chers, le sénateur Pierre Claude Nolin, organisateur politique conservateur de haut niveau nommé par le Très honorable Brian Mulroney.

 

En trente ans de vie publique, je peux compter sur les doigts de la main le nombre de fois où j’ai rencontré une personne aussi sage, aimable, compétente et généreuse. Son respect pour le Sénat était exemplaire, et n’a jamais vacillé. Le sénateur Nolin croyait beaucoup à la fonction de représentation internationale que devait exercer le Sénat. À ce titre, il a joué un rôle particulièrement actif au sein de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Ayant occupé plusieurs fonctions jusqu’à sa mort, dont celle de Président de notre chambre, le sénateur Nolin s’est construit une solide réputation par la qualité de ses interventions. Il a su démontrer qu’une nomination partisane n’est pas pour autant non-méritoire. Je souhaite que d’occuper le siège laissé vacant par le sénateur Nolin vous inspire dans vos fonctions et votre approche.

 

Senator Murray Sinclair, former judge, you are now part of a jury in the Senate! Part of our mandate here is to ensure we take a second look at legislation and ascertain whether it needs amendments to provide the best worth for Canadians.

 

Nous veillons également à ce que les besoins des citoyens marginalisés ou membres d’une minorité soient pris en compte. Nous comptons sur l’expérience que vous avez acquise au cours de votre carrière dans la gestion de grands enjeux autochtones, et mettrons à profit votre contribution. Vous pourrez sûrement bénéficier des conseils d’autres sénateurs comme Raynell Andreychuk, qui pourrait vous venir en aide dans la transition de décideur à législateur. Ses expertises et sa sagesse sont recherchées par nous tous avant de prendre des positions particulières, notamment en matière de droits humains et de relations internationales.

 

Senator Ratna Omidvar, I’ve heard that you’ve spent nearly three decades fighting to make Canada more inclusive. An expert on immigration and diversity, I anticipate that you too will form an important part of the Senate’s work to ensure minority concerns are addressed in the study of bills. Welcome.

 

Je vous invite à profiter des conseils de la sénatrice Ataullahjan ou de la sénatrice Jaffer afin de bien saisir l’approche actuelle du Sénat en cette matière. Également, le sénateur Ngo, qui fut juge en immigration, peut assurément vous venir en aide dans vos réflexions.

 

Sénatrice Raymonde Gagné, qui étiez auparavant rectrice de l’Université de Saint-Boniface au Manitoba, nous vous souhaitons la bienvenue et sommes ravis de compter de nouveau une Franco-Manitobaine parmi nous. Le sénateur Sinclair et vous remplacez deux sénateurs manitobains distingués.

 

D’abord, la sénatrice Maria Chaput, qui nous a quittés récemment, a défendu les droits linguistiques de la minorité francophone à travers le Canada avec noblesse et détermination. Elle n’a pas ménagé les efforts pour aider les communautés francophones à conserver leur identité et assurer leur survie.

 

Le deuxième siège manitobain comblé aujourd’hui fut occupé par la sénatrice JoAnne Buth. Forte de son expertise en agriculture, la sénatrice Buth était déterminée à défendre au Sénat le secteur agricole, dont elle connaissait intimement les besoins. Elle siégeait au Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts et considérait l’industrie agricole comme, et je cite, « essentielle au Canada et à sa réputation internationale ».

 

Vous aurez tout avantage à profiter des conseils de nos collègues en matière de langues officielles, en particulier la sénatrice Tardif et la sénatrice Poirier. Elles sont d’ardentes défenseures de nos luttes dans ce domaine.

Senator Frances Lankin, the Trudeau Liberal Government has appointed a former NDP Ontario Minister—I think this is an historical first in the Senate, even though your former colleague Bob Rae made history by crossing the floor in the House of Commons! We look forward to engaging with you in a constructive way. Senator Lankin, you and Senator Harder replace two Ontario Senators who were very important to this institution.

 

Le premier fut le sénateur Irving Gerstein. Je vous invite à lire son discours de départ sur son rôle et sa vision de la partisanerie au Sénat. Elle se rapproche de celle du juge Binnie, qui disait dans sa décision récente que la partisanerie représente les racines et les branches d’une institution politique. Sous son leadership, le Comité des banques et du commerce a abordé des questions cruciales, notamment l’amélioration de nos connaissances sur le milieu illicite du blanchiment d’argent et la compréhension des rouages du financement des activités terroristes à l’étranger.

Le sénateur Hugh Segal est le deuxième sénateur ontarien que l’on remplace aujourd’hui. Permettez-moi de vous confirmer – et comme leader du Caucus, je suis bien placé pour le dire – que le sénateur Segal était vraiment un penseur indépendant. Il fut nommé au Sénat par le Premier ministre libéral Paul Martin en dépit d’une carrière très conservatrice.

Le passage du sénateur Segal à la Chambre haute fut remarquable. En sa qualité de président du Comité sénatorial des affaires étrangères, il a affronté courageusement les défis avec la conviction qu’on lui connaît. Également, on peut qualifier d’exemplaire sa contribution à titre de président du Comité spécial du Sénat sur l’antiterrorisme. Le sénateur Segal a déjà dit qu’il n’avait pas accepté une nomination au Sénat dans le but d’être accommodant et d’éviter de faire des vagues. C’est également à lui que l’on doit la question suivante : « Si nous n’avions pas à prendre de questions difficiles, pourquoi aurions-nous un Sénat? »

 

Sénatrice Chantal Petitclerc, on vous connaît déjà comme une championne paralympique de course en fauteuil roulant; grâce à vos qualités de fonceuse, vous saurez donner, j’en suis certainement, un bon élan aux dossiers au Sénat! Vous remplacez la formidable sénatrice Andrée Champagne, qui a été ministre d’État à la Jeunesse lors de son mandat à la Chambre des communes sous le gouvernement conservateur. Elle-même artiste, elle a milité pour le domaine des arts pendant toute sa vie, a été très engagée dans le milieu culturel, plus grande promotrice de la Francophonie et liée de près à ceux et celles qu’elle a représentés. Toute Conservatrice qu’elle était, elle aussi a été nommée par le Premier ministre libéral Paul Martin. Comme vous voyez, la partisanerie au Sénat n’a jamais vraiment posé problème.

Je vous invite à ne pas hésiter à demander conseil à une autre grande athlète olympique, Nancy Greene Raine, qui sera sûrement ravie de partager avec vous des conseils pour mettre à profit vos qualités de persévérance et de détermination au profit de vos fonctions au Sénat.

 

Vous le savez ou l’apprendrez bientôt, la modernisation du Sénat est pour nous la priorité numéro un. Depuis trois ans, nous avons multiplié les efforts afin d’établir un Sénat responsable, transparent, pertinent et efficace, respectueux de l’intérêt supérieur des Canadiennes et des Canadiens.

 

Honorables collègues, soyons francs. Nous venons de clore un chapitre peu reluisant dans l’histoire du Sénat. Des règles visant à régir l’utilisation des ressources publiques n’étaient pas suffisamment strictes et favorisaient la divulgation de renseignements incomplets, créant la confusion. Sous le leadership respectif du Caucus conservateur et du Caucus libéral, nous avons instauré d’importants changements et notre institution en est ressortie plus forte, plus engagée et plus attentive envers la population canadienne. Nous sommes déterminés à restaurer la confiance du public à l’égard de notre Parlement et nous ne laisserons pas les anciens scandales souiller cette importante institution démocratique.

Mais nous avons appris une importante leçon d’humilité : ne jamais oublier que la raison première de notre rôle ici est avant tout les Canadiennes et les Canadiens et leurs intérêts supérieurs.

 

Nous devons poursuivre le programme de modernisation. Des réformes au fonctionnement du Sénat s’imposaient pour qu’il devienne l’institution responsable qu’il est censé être. Les Canadiennes et les Canadiens ont besoin que nous soyons pour eux une chambre de réflexion et, comme enquêteur national, une chambre législative de haut niveau.

Chers nouveaux collègues, sénateur Harder, sénatrice Gagné, sénatrice Lankin, sénatrice Omidvar, sénatrice Petitclerc, sénateur Pratte, sénateur Sinclair, nous avons besoin de votre contribution afin de terminer le travail de modernisation et de rebâtir la confiance des Canadiennes et des Canadiens envers cette institution.

 

Une fois de plus, je souhaite la bienvenue aux nouveaux sénateurs. « La diligence est mère de la chance », disait Benjamin Franklin. Alors c’est ce que je vous souhaite.

 

Merci.

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